TRANSPARENCE ET RIGUEUR ADMINISTRATIVE : LE CONTRAT DE CONFIANCE ENTRE L’ÉTAT ET LES CITOYENS

Par Serge OUAMBI
Président du parti Vision Nouvelle pour la République (VNR)
Ancien administrateur civil (ENA), ancien directeur d’école


La confiance est le ciment de toute société démocratique. Sans elle, les institutions vacillent, les citoyens se détournent du débat public et le contrat social s’effrite. Au Tchad, cette confiance est aujourd’hui mise à rude épreuve, et l’une de ses principales causes est l’opacité qui caractérise trop souvent l’action publique.

Un constat qui interpelle

En tant qu’ancien administrateur formé à l’ENA, j’ai appris que la rigueur n’est pas une option mais un devoir. En tant que directeur d’école pendant dix ans à N’Djamena, j’ai compris que la transparence est la première des pédagogies. Fort de ce double héritage, je ne peux que m’alarmer du fossé qui se creuse entre les promesses de l’État et les réalités vécues par nos concitoyens.

Les exemples ne manquent pas. Citoyens et journalistes peinent à accéder aux documents administratifs les plus élémentaires. Les budgets publics restent des documents confidentiels, les marchés publics sont conclus dans l’ombre, et le Journal officiel lui-même, pourtant fondement de tout État de droit, demeure introuvable en version numérique. Seul l’INSEED, par la qualité de son travail, continue d’éclairer notre connaissance de la réalité socio-économique nationale.

Cette opacité n’est pas qu’un problème technique. Elle est un problème politique majeur. Elle nourrit la défiance, alimente les rumeurs les plus folles et offre un terreau fertile à toutes les formes de prédation.

La rigueur comme méthode, la transparence comme objectif

Au VNR, nous refusons les postures binaires qui opposent stérilement l’autorité de l’État aux droits des citoyens. Nous croyons qu’une troisième voie est possible : celle d’une administration rigoureuse au service de citoyens informés.

La rigueur administrative, ce n’est pas la rigidité. C’est la capacité à :

  • Analyser les situations avec objectivité, en s’appuyant sur des données fiables
  • Anticiper les difficultés avant qu’elles ne deviennent des crises
  • Évaluer les politiques publiques à l’aune de leurs résultats concrets
  • Rendre compte de ses actions à ceux qui ont mandaté l’action publique

La transparence, quant à elle, n’est pas une concession gracieuse de l’administration. Elle est un droit fondamental pour tout citoyen. Elle est le préalable à tout contrôle citoyen, à toute participation éclairée au débat démocratique, à toute lutte efficace contre la corruption.

Proposer, ne pas se contenter de dénoncer

Notre diagnostic est clair : l’État tchadien souffre d’un déficit chronique de transparence, qui mine la confiance des citoyens et entrave le développement du pays. Mais au VNR, nous ne nous contentons pas de dénoncer. Nous proposons.

C’est pourquoi nous avons élaboré une proposition de loi-cadre sur l’accès à l’information publique, dont les grandes lignes sont les suivantes :

  1. Un droit opposable : tout citoyen peut demander et obtenir communication des documents détenus par une institution publique, sans avoir à justifier d’un intérêt particulier.
  2. Des exceptions strictement encadrées : seuls des motifs légitimes et limitativement énumérés (sécurité nationale, vie privée) peuvent justifier un refus, lequel doit être motivé.
  3. Une obligation de publication proactive : les institutions doivent publier d’elles-mêmes un certain nombre de documents (organigrammes, budgets, rapports d’activité, marchés publics), sans attendre les demandes.
  4. Une autorité indépendante : une Haute Autorité de l’Accès à l’Information serait chargée de veiller à l’application de la loi et de traiter les recours des citoyens.
  5. Un portail national « Tchad Info » : une plateforme unique rassemblant l’ensemble des informations publiques, accessible gratuitement en ligne.

Cette proposition n’est pas une utopie. Elle s’inspire des meilleures pratiques de pays africains comme le Sénégal, le Ghana, le Bénin ou la Côte d’Ivoire, qui ont su faire de la transparence un levier de développement et de confiance.

L’enjeu démocratique de notre temps

Certains diront que le Tchad a d’autres priorités. Je réponds que la transparence n’est pas un luxe de pays riche, mais la condition même de tout développement durable. Comment investir efficacement sans savoir où va l’argent public ? Comment lutter contre la corruption sans pouvoir contrôler les marchés ? Comment construire une démocratie apaisée sans citoyens informés ?

La rigueur administrative et la transparence ne sont pas des concepts abstraits. Elles sont le visage quotidien de l’État pour des millions de Tchadiens. C’est le professeur qui attend sa prime depuis des mois. C’est l’entrepreneur qui ne comprend pas pourquoi il a perdu un marché. C’est le parent d’élève qui ne sait pas à quoi sert la contribution scolaire.

En refusant l’opacité, en exigeant la rigueur, le VNR ne fait pas de la politique politicienne. Il défend le droit le plus fondamental qui soit : celui de savoir, pour mieux participer, pour mieux contribuer, pour mieux construire ensemble l’avenir de notre pays.

La transparence n’est pas une menace pour l’autorité de l’État. Elle en est le fondement le plus solide. Un État qui n’a rien à cacher est un État que les citoyens peuvent respecter et soutenir.

Ensemble, construisons ce Tchad transparent et rigoureux dont nous rêvons tous. Parce que la confiance se mérite, et qu’elle commence par la vérité.


Serge OUAMBI
Président du parti Vision Nouvelle pour la République (VNR)
Ancien élève de l’ENA (France)
Ancien directeur d’école à N’Djamena

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut